TIAD 2016 : une vision de la désautomatisation

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C’est dans le cadre exceptionnel, à la fois moderne, numérique et traditionnel, de la Gaîté Lyrique que s’est tenue la seconde édition du TIAD le 4 Octobre dernier. Comme lors de la première édition, les thèmes de l’automatisation étaient à l’honneur, mais également ceux de la désautomatisation, des nouveaux modes d’organisation, et du futur du travail. Professionnels du Cloud, du DevOps, et plus généralement de l’IT, étudiants, grandes entreprises ou start-ups… ils sont près de 500 à avoir répondu à l’appel du TIAD, et à nous avoir rejoints pour vivre un voyage au cœur de l’automatisation et de la désautomatisation.

La désautomatisation, mais encore ? Si le concept et les implications de l’automatisation sont aujourd’hui clairs pour tous, la désautomatisation est une idée nouvelle, relativement méconnue et sujette à interprétation. Nous avons déjà abordé le sujet ici et , et la journée du TIAD a permis de concrétiser le sujet. Jessica DeVita a notamment abordé ce sujet à travers le sujet « Kaizen Ops ».

Kaizen Ops

L’évangéliste de Chef a commencé par évoquer son métier : être évangéliste DevOps, ce n’est pas saupoudrer les projets de « magie DevOps ». Cela demande d’être honnête, d’avoir le courage de dire les choses comme elles sont. Qu’est-ce qui fait le succès des équipes performantes ? Comment ces équipes travaillent-elles ensemble pour produire des produits et services meilleurs que la somme de leurs parties ? Jessica DeVita souligne l’importance d’être une organisation apprenante, mais c’est chacun d’entre nous qui doit porter le changement (par exemple, celui amené par le passage à une organisation DevOps), et pour ce faire Kaizen est peut-être l’outil le plus puissant capable de nous aider à relever ce challenge. Car la réalité est que nous sommes, en tant qu’humains, très peu doués pour gérer le changement. Nous sommes quasiment physiologiquement programmés pour résister au changement, et en conséquence nous devons apprendre à tromper notre cerveau… en amenant le changement par petites, minuscules touches. Comment se mettre à faire du running de façon régulière alors qu’on n’en a pas vraiment envie ? Selon Jessica DeVita, on peut commencer par enfiler ses baskets de course tous les jours; ce n’est que plus tard qu’on commencera à courir avec… Kaizen signifie « bon changement », et c’est une science des petites étapes. Tout dans notre vie peut être amélioré, et Kaizen peut nous y aider : en ce sens, Kaizen est un outil de désautomatisation, il nous permet d’aller à l’encontre de ce pour quoi nous sommes programmés (refuser le changement).

Ethics in Software Development

Plus tard dans la matinée, Martha Paciorkowska a traité le sujet de l’éthique dans le développement logiciel (retranscription complète ici). Là aussi, il y a un certain automatisme de l’ensemble de l’industrie qui consiste à croire que les applications contribuent à rendre le monde meilleur. C’est parfois le cas, mais pas toujours, et Martha souligne l’absence d’un code de conduite clair sur le sujet. Il existe cependant un document datant d’il y a deux ans, qui formalise une code de l’éthique dans le développement logiciel. Mais qui dans l’industrie est au courant de son existence, et qui s’assure que ses recommandations soient respectées ?

1.03. Approve software only if they have a well-founded belief that it is safe, meets specifications, passes appropriate tests, and does not diminish quality of life, diminish privacy, or harm the environment. The ultimate effect of the work should be to the public good.

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Remis dans la perspective des levées de fonds éclair (et record) de certaines applications, l’article 1.03 montre bien qu’il y a un énorme décalage entre les recommandations du code et la réalité du marché. Martha aborde ensuite plus précisément la question de la protection des utilisateurs à travers l’exemple de l’application « Girls around me« , qui utilisait l’API de Foursquare, et collectait des données de Facebook permettant ainsi à ses utilisateurs de traquer les filles, voire de les harceler en ligne. Foursquare a rapidement coupé l’accès à son API, mais cet exemple pose la question de la sécurité des applications destinées à connecter les gens, et de comment nous nous assurons de la sécurité des individus et de leurs données. Quelles sont les données dont on estime avoir besoin pour construire son application ? A-t-on vraiment besoin de toutes ces données ? Même si les utilisateurs trouveront toujours des usages détournés que l’on n’aura pas anticipé, les développeurs logiciels restent cependant responsables des outils qu’ils construisent. Pour illustrer plus avant la question de l’éthique dans le développement logiciel, Martha évoque également la question de l’économie collaborative, portée par des applications qui certes, uberisent un service et le rendent plus abordable, plus pratique pour ses consommateurs, mais cela se fait souvent au détriment de celui qui fournit le service. Autre sujet, le piratage : Dropbox et ses 68 millions de comptes piratés, ou plus récemment Yahoo qui a reconnu que plus de 600 millions de comptes ont été piratés, deux ans après les faits…

Ateliers de désautomatisation

En marge des ateliers et des talks techniques, deux expériences sur l’automatisation et la désautomatisation ont été également proposées aux participants par les équipes de D2SI. La première expérimentation « Désautomatisez-moi… mais pas trop vite » a confronté les équipes de participants aux challenges de l’automatisation : définition du périmètre, coordination avec les autres équipes, pilotage de son périmètre, visibilité sur l’ensemble du projet… le tout, sous la contrainte de délais serrés. Comment modifier nos habitudes de travail pour cohabiter au mieux avec nos automates ?

La seconde expérimentation avait pour objectif de sensibiliser les participants à l’automatisation de notre cerveau, à travers la notion des biais cognitifs (mécanismes de la pensée qui sont cause de déviation du jugement). Cet atelier mettait notamment en avant le biais cognitif connu sous le nom « d’effet de halo » : la perception d’une personne est influencée par l’opinion que l’on a préalablement pour l’une de ses caractéristiques (une personne avec une bonne apparence physique sera jugée digne de confiance). Pour illustrer ce thème, les participants sont invités à visionner une série de vidéos dans deux mises en situations. La première est une situation de recrutement, la seconde une enquête policière. A l’issue de leur parcours, les participants doivent répondre aux question initialement posées : quel candidat recruteriez-vous, quel suspect accuseriez-vous ? L’objectif de l’exercice étant de se rendre compte comment nous sommes soumis à certains biais, et comment ces erreurs de jugement peuvent impacter nos décisions. S’en rendre compte, c’est faire un pas de plus vers la désautomatisation !

Blockchain, IoT, Serverless, Machine Learning…

Le TIAD a également fait la part belle aux talks techniques, avec des interventions d’AWS, Pivotal, Sigfox, Google, BlaBlaCar, GumGum, Docker, IBM, Microsoft ou encore Streamdata… Julien Simon, Amazon Web Services, a notamment animé un atelier démontrant comment construire une pipeline de données serverless.  Un peu de code, les services managés API Gateway, Lambda, DynamoDB, DynamoDB Streams, Kinesis et S3 : sur cette base, Julien Simon construit un pipeline étape par étape, avant de le tester. En fin de journée, c’est Randall Hunt, AWS qui a électrisé la salle avec une présentation survoltée, mettant en avant son expérience chez Space X et la Nasa (chut, top secret!), et les questions à se poser quand on souhaite automatiser un process. Vous pouvez retrouver les slides de ces deux présentations ci-dessous, en attendant nos prochains articles où nous traiterons en détail des sujets d’automatisation abordés durant la journée :

Slides des présentations de la journée

 

Photos de la journée :

 

Illustrations du TIAD par Ivan Sigg

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